Paris Web et moi c’est une longue histoire d’amour, et ça faisait bien plaisir de retrouver l’événement en présentiel après 2 ans en ligne.

Alors, une fois n’est pas coutume, voici un petit retour des conférences qui m’ont particulièrement marquées !

Précision en avant propos : cet article a été rédigé à l’arrache dans le train et n’est probablement pas assez fidèle aux propos des orateurs et oratrices : j’ai surtout voulu transmettre l’enthousiasme avec lequel j’ai assisté à ces conférences.

On se lève et on se casse : tour d’horizon d’un travail sans capital

Maïtané et Thomas ont réfléchi à d’autres manières de travailler : sans subordination, avec du sens, sans engraisser le capitalisme, en retrouvant un sens au mot travail… ?

Avec leurs expériences différentes et leurs questionnements, ils ont fait un gros travail d’enquête autour des raisons qui peuvent pousser les gens à travailler autrement, et aux barrières que l’on peut rencontrer en chemin.

Leur ambition est de proposer aux gens des statuts qui pourraient convenir avec une grille de lecture différente que ce que peut proposer un comptable avec une vision capitaliste (« Tel statut permettra de gagner le plus d’argent » vs « Tel statut permettra de cotiser plus »)

Je n’ai pas encore trouvé toutes les réponses à mes questions dans leur conférence et l’atelier ; mais je sais que ça n’est que le début d’un travail en cours de leur côté. Affaire à suivre donc !

Speech-to-Text : quels sont ses avantages et ses limites ?

Pendant cette conférence, Emmanuelle a présenté la technologie Speech-to-Text que je connais assez peu. J’ai trouvé la conférence passionnante car elle abordait pleins de sujets.

Le Speech-to-Text est une nouvelle illustration que sur le web, les usages sont nombreux. Dicter du texte plutôt que de le taper à la main au clavier est utile à certaines personnes handicapées mais aussi aux personnes valides.

Ensuite, Emmanuelle a montré à quel point cette technologie est évidemment un miroir de tous les problèmes de notre industrie :

  • technologie sexiste, raciste et validiste : les algorithmes comprennent moins bien les femmes ou les personnes racisées que les hommes (car ils ont moins été entraînés). Quant aux personnes avec une voix atypique (comme Emmanuelle et son accent de personne sourde), c’était encore pire….
  • technologie pleine de biais : l’intelligence artificielle conjugue les textes au masculin par défaut. « Emmanuelle » sera fatalement retranscrit « Emmanuel ».
  • technologie non adaptée aux usages : certains algorithme vont censurer des mots (« Ma **** s’appelle Pixel » si je veux parler de ma chatte, l’animal de compagnie), rendant ainsi du contenu inaccessible.

La conférence se terminait sur une note positive avec un exemple de France TV Lab qui, en mixant plusieurs intelligences artificielles, arrive à obtenir des résultats vraiment satisfaisants !

L’industrialisation des designers du web

J’ai trouvé cette conférence de Cécile Ricordeau, super chouette ! De mon côté, je suis UX et pas DA comme elle. La disparition de la dimension « artistique » de ces dernières années dans le web m’émeut donc moins : j’avoue tout, une part de moi apprécie même que le web devienne de plus en plus uniforme ! En terme d’accessibilité et de cohérence, c’est intéressant. Pour autant, dans cette conférence, elle a mis le doigt sur des choses auxquelles je n’avais jamais pensé, et qui vont me faire cogiter à l’avenir.

Cécile s’est interrogé sur l’industrialisation du design. Côté créatif, c’est plutôt évident : avec la naissance des design system et des nombreuses librairies d’icônes, de typos et d’illustrations, il est difficile d’ignorer le phénomène.

Mais je m’étais moins posée la question de l’industrialisation de nos méthodes de travail. Ainsi, avec (à cause de) Figma, le design en temps réel est devenu la norme : on est surveillés. Pourquoi les designers ne peuvent-ils pas « commiter », comme les devs ? Après tout, un dev ne montre par une ligne de code à moitié écrite ; pourquoi ne pourrions nous pas faire la même chose ?

Elle s’interroge aussi sur la compatibilité entre éco-conception et Figma. Je confirme que le flux d’échanges entre le serveur et le logiciel est hallucinant…

J’ai pris beaucoup trop de notes pour les résumer en quelques lignes, je vous recommande donc de revoir la vidéo si vous voulez réfléchir vous aussi à :

  • l’illusion du design collaboratif : est-ce vraiment mieux si tout le monde donne son avis, ou est-ce une forme de contrôle ?
  • Somme-nous vraiment « tous des designers », comme le promettant Papanek ?
  • Peut-on garder une esthétique et un sens si on cherche toujours à utiliser des kits prêts à l’emploi ?
  • Designer revient-il à assembler des composants ?
  • etc.

Une super conférence qui donne envie faire de reprendre le temps de créer.

Illectronisme et numérisation des services publics

Conférence courte et efficace de Raphaël pour rappeler le concept et les enjeux de l’illectronisme.

On désigne derrière le terme d’illectronisme les personnes ayant « des difficultés d’accès à l’informatique » et/ou « un manque de compétences informatiques ». Raphaël propose de rajouter un troisième axe important, pour redonner la responsabilité aux concepteurs et conceptrices du service public :« L’administration est-elle explicite dans ce qu’elle demande ? »

Après quelques chiffres qui font mal (on retiendra notamment que « 35 % des personnes éprouvent une forme de difficulté à utiliser le numérique »), Raphaël évoque les facteurs facilitant de l’illectronisme (âge, niveau d’éducation, ruralité) tout en parlant des publics oubliés (personnes handicapées, ne parlant pas français, ayant du mal à l’écrit, en situation de détention, précaires, personnes âgées, enfants…).
J’étais entièrement d’accord avec lui quand il regrettait le choix du service public de vouloir tendre vers « un citoyen modèle ». Plutôt que d’adapter le service public aux nombreux usages, la philosophie actuelle du gouvernement est plutôt de faire rentrer des gens dans un moule. Il en résulte pour les personnes éloignées du numérique une perte d’autonomie, l’augmentation de la dépendance, et d’un sentiment d’être incompétent.

D’autant que les solutions proposées par le gouvernement sont loin d’être à la hauteur. Les Maisons France Service par exemple, présentées comme LA solution ne sont pas adaptées à la réalité du terrain. « À 30 minutes en voiture » devient « à 2 heures en transport en commun » ; sans compter qu’il faudra pour certaines personnes utiliser une plateforme numérique pour localiser ces fameuses Maisons France Service, qui devraient les aider à utiliser le numérique…

Enfin, Raphaël a clôturé sur quelques bonnes pratiques :

  • laisser le choix du mode de relation (téléphone, mail, courrier, ordi, plateforme en ligne)(et NON, un chatbot n’est pas un mode de relation)
  • utiliser du français de France (et pas du jargon)
  • etc etc.

Une chouette conférence pour illustrer l’absurdité du numérique à tout prix.

Designer l’urgence

Je n’ai pas pris beaucoup de notes pendant cette conférence de Julien Dubedout, trop occupée à me marrer et à noter mentalement les jeux de mots (« J’étais plus Niney que Clooney » c’est un non ; par contre le fil rouge sur le champ lexical des pompiers, c’est un oui !).

Julien raconte son expérience de designer chez les pompiers, depuis 2 ou 3 ans, au travers de différents projets. C’était super à pleins de niveaux :

  • déjà pour le petit cours de secourisme inclus dans la conférence (un numéro à retenir : le 112)
  • parce que c’est une des seules conférence de ce ParisWeb où j’ai vu du design et des écrans. En 3 slides, Julien est capable d’illustrer la phase de conception.
  • avec des parallèles avec l’UX monde physique : par exemple, pour éviter de confondre la porte des toilettes et la porte qui donne sur la grande perche (où l’on risque de tomber de 3 m), les poignées ne sont pas à la même hauteur.
  • pour le petit tacle sur l’agilité qui perd son sens, quand on oublie le but final d’une application.

J’aurais bien écouté Julien sur les problématiques métiers des logiciels encore une heure de plus !

Pourquoi j’ai envie d’arrêter le dev ?

Encore une conférence où j’ai pris peu de notes, mais surtout noté des ressources à explorer :

  • Qu’est-ce que le gluework ?
  • Petit guide pour rabaisser de manière sympa (ironique à priori ?)

Même si je suis familière avec le sexisme dans la tech (difficile de l’ignorer après 15 ans dans le milieu), j’ai découverts de nouveaux concepts que Sonia Prévost s’est appliquée à nommer (pour mieux pouvoir lutter contre) :

  • le gluework, souvent fait par les femmes (au détriment des skills plus techniques laissés aux hommes)
  • le contrôle social informel, qui désigne toutes les règles appliquées mais informelles (par exemple, un garçon ne met pas de robes)

Dans les solutions proposées par Sonia, j’ai surtout noté :

  • Documenter les situations problématiques (je n’ai jamais osé mettre bout à bout toutes les micro-agressions de ma carrière tiens)
  • Documenter aussi ses accomplissements (ça, je le fais depuis quelques mois, et je recommande ! C’est très utile à relire quand quelqu’un nous fait nous sentir nul !)

Numérique et éthique : l’impossible équation ?

Je suis une fan absolue d’Agnès Crépet (avez-vous écouté son interview dans le podcast Octet vert ? Si non, vous devriez) mais je ne connaissais pas Audrey Neveu (ma voisine de conférence m’a recommandé sa keynote au BDX.io de 2018).

Cette conférence était un véritable coup de massue sur mon petit cerveau d’occidentale privilégiée. Audrey et Agnès ont fait un état des lieux de l’impact du numérique dans le monde en partant du cycle de vie d’un smartphone : extraction des minerais, assemblage, usage puis recyclage. Et autant vous dire que ça n’est pas joli joli…

  • Côté extraction par exemple, les enjeux sont à la fois écologique et sociaux. Il faut extraire 70 kg de minéraux pour un téléphone de 250 g, en utilisant une industrie extrêmement polluante (concrètement une énorme superficie de la planète devient inhabitable pour extraire un petit peu de matière). Et quand on utilise des mines artisanales (moins polluantes), l’impact n’est guère plus positif puisque cette fois-ci, les problèmes sont plutôt sociétaux : exploitation d’enfants, mise en danger de familles exploitées à cause de conflits armés…
  • La majorité de l’assemblage se passe en Chine ou en Inde, où les conditions de travail sont compliquées (suicide en masse…)
  • Côté usages, je n’ai pas réussi à prendre note de toutes les problématiques listées par Audrey. Mais en bref, obsolescence programmée, collecte de données perso, surveillance en masse et j’en passe. Si je connaissais les impacts sur ma petite vie privée (on m’espionne), j’ai découvert des impacts autrement plus grave : comment la reconnaissance faciale est utilisée pour mettre en place des génocides ou comment Facebook a un impact sur la démocratie. Désolé pour le résumé rapide, je vous recommande la conférence 🙈.

Heureusement, la conclusion s’achève sur des pistes et des solutions. À mon petit niveau, je retiens de conserver mon téléphone le plus longtemps possible (plus de 3 ans déjà…), de favoriser l’open-source et de croire au pouvoir du boycott.

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Cet article rapide, rédigé à l’arrache dans le train, vise surtout à garder trace des conférences qui m’ont marqués. D’autres conférences n’apparaissent pas ici et m’ont aussi beaucoup plût, mais je n’ai parfois eu la flemme de prendre des notes 🙈. Un grand bravo aux orateurs et oratrices de Du social à la tech : plaidoyer en faveur des profils atypiques, Au-delà du hashtag : les nouvelles technologies au service du militantisme ou encore La grande absente : la communauté trans dans nos produits digitaux !

Je prendrais aussi le temps de rajouter des liens vers les slides, les vidéos et les transcripts quand ils seront disponibles.

Et pour conclure : comme chaque année, Paris Web, c’était super ❤️. J’y ai retrouvé une dose d’énergie, de retrouvailles et d’échanges qui m’avaient manquées ces dernières années.

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