Voilà bientôt un an que j’ai quitté mon CDI pour devenir UX/UI Designer pour le service public, chez beta.gouv.fr 🎉. Je ne conçois plus des produits numériques mais des services numériques, et pour moi, ça fait une grosse différence 😊. Dans cet article, j’explique :

  • ce qui m’a amené à ce parcours professionnel ;
  • ce que ça veut dire, de bosser chez beta.gouv.fr ;
  • comment rejoindre le service public (via beta.gouv.fr, ou un autre programme)

Comment je suis arrivée là 🌱

Le ras le bol

En 2019, après 1 an en SSII suivi de 7 ans en startup, j’ai fini par être un peu dégoutée par un tas de petites choses : le marketing (et son jargon), les objectifs de croissance, les comités d’investissement intégralement blancs et masculins, les (dé)motivational talks de ma hiérarchie, les piques bêtes et méchantes sur les heures d’arrivées, les luttes incessantes sur le remote ou les outils de travails…

Même travailler dans un domaine passionnant (le livre 📚❤️) devenait difficile pour moi. Alors comment envisager de rejoindre une autre entreprise, dont le métier ne me passionnerait pas, et qui en plus aurait les mêmes travers ?

Pendant ma recherche d’emploi, j’ai pris l’habitude de regarder les pages « Équipe » à la recherche d’une entreprise qui remplirait les critères suivant :

  • Les décisionnaires ne sont pas tous des hommes blancs.
  • Des femmes sont présentes dans des rôles techniques.
  • La moyenne d’âge est supérieure à 25 ans.

On peut dire que le filtre a été plutôt radical…

Et quand je consentais à me projeter dans une entreprise, j’étais finalement incapable de lire une offre d’emploi sans lever les yeux au ciel en constatant l’absence d’utilité concrète : « Vous contribuerez à des enjeux stratégiques » ou le fameux « Vous souhaitez participer à une aventure humaine et a un challenge professionnel motivant ». Les tâches comme « optimiser le taux de conversion » ne me faisaient absolument pas envie. J’aspirais plutôt à :

  1. Être utile à la société.
  2. Gagner juste assez d’argent pour nourrir ma famille.
  3. Puis rentrer chez moi pour faire des choses intéressantes comme lire ou passer du temps avec la-dite famille.

Et la quête du graal

En bref, je ne voulais pas rejoindre une entreprise dont l’objectif final reviendrait toujours à « enrichir des actionnaires ». Le constat a été assez facile à faire, mais il me restait un gros problème : « D’accord mais je fais quoi à la place ? Existe-t-il d’autres alternatives dans ce monde capitaliste ? Et si oui, peut-on en vivre ? »

C’est quand j’ai entendu parler de design d’intérêt général et ça a fait tilt chez moi ! J’ai compris que mon rêve, c’était par exemple d’ « améliorer le site des impôts ou de la CAF » (hey, on ne choisit pas ses rêves hein !). J’avais envie d’améliorer un service que tout le monde utilise, en tant que citoyen, pas consommateur.

Alors, j’ai pris mes cliques et mes claques, et je me suis donnée deux ans pour y arriver (la durée de mon chômage après ma rupture conventionnelle).

Bienvenue chez beta.gouv.fr 🇫🇷

Une candidature, deux entretiens et deux mois plus tard, je commençais une mission de 3 jours par semaine chez beta.gouv.fr 🎉.

beta.gouv.fr, c’est l’ « incubateur de l’État ». Dans le privé, le rôle d’un incubateur est d’accompagner les projets de créations d’entreprise. L’incubateur de l’État, lui, aide les ministères et autres partenaires publics (comme Pôle Emploi par exemple) à lancer des services numériques, jusqu’à ce qu’ils soient assez matures pour être repris par l’administration. Cela permet de lancer des projets de manière itérative (amélioration continue, sprints… rien de très nouveau pour qui vient de la tech) là où les administrations ont tendances à être « figées ».

Un joyeux bordel

Mais j’ai découvert en arrivant que beta.gouv.fr, c’est aussi une communauté de pas loin de 400 personnes, accompagnée par 12 co-animateurs, bossant sur une centaine de services différents.

Dans cette communauté, il n’y a pas de notions de hiérarchie, ou de chef : tout le monde peut prendre des initiatives, organiser ou proposer des choses. Les membres de la communauté sont au même niveau, qu’ils soient indépendants (comme moi), agents publics (détachés par un ministère) ou prestataires.

Chaque équipe est responsable et autonome dans son organisation, ses outils, ses recrutements. Et chaque personne peut, si elle le souhaite, s’engager dans la communauté sur les sujets qui l’intéresse : la philosophie de l’incubateur donne raison à celles et ceux qui font avant tout, pas à ceux qui « yakafokon ».

Des valeurs fortes

C’est une communauté où les valeurs sont fortes : bienveillance, respect, transparence, autonomie, sens… La charte (« J’ai le droit de dire Je ne sais pas, de dire que je n’ai pas compris, de faire des erreurs, d’oublier des trucs, d’avoir un jour sans, de prendre ma journée… ») est un des premiers documents que l’on m’a transmis 😍. C’est peut être anodin, mais ça m’a tout de suite donné le ton !

Il en va de même pour les normes de conduite, posées par écrit (refuser le présentéisme, se méfier des réunions, éviter les comportements de « petits chefs », avoir le droit à l’erreur…) La différence d’état d’esprit avec ce que j’avais connu jusque-là en entreprise est radicale…

Des personnes de tous horizons

Un autre aspect qui m’a marqué, c’est la diversité : chez beta.gouv.fr, chaque équipe est portée par un (ou plusieurs) intrapreneur (des agents publics détachés pendant quelques mois/années de leur mission première, pour travailler sur leur service). J’ai par exemple travaillé avec des puéricultrices ou des inspecteurs des impôts. Que c’est rafraîchissant et enrichissant d’interagir avec des gens qui ne viennent pas de « la tech » ou d’une école de commerce !

Côté parité, c’est relativement équitable (environ 40 % de femmes, même si chez les devs, comme d’habitude, le pourcentage n’est pas très élevé). Je pense qu’il y a encore un potentiel d’amélioration côté diversité mais l’amélioration par rapport aux entreprises que j’ai connu est sans comparaison, ne serait-ce que par la diversié des parcours ! Et surtout, la communauté essaye de progresser sur ces sujets : les discriminations sont un sujet évoqué et pas ignoré.

Même s’il y a des locaux à Paris (quelques étages au-dessus du bureau du Premier Ministre), de nombreux betagouvois et betagouvoises (terme non officiel 🙈) habitent un peu partout en France. Je suis loin d’être la seule en 100 % remote ! Les équipes peuvent fonctionner avec une partie (voir l’intégralité) de leurs membres en Provincie (voir même ailleurs qu’en France). Certaines équipes travaillent par exemple 100 % en remote et ne se sont encore jamais vues, d’autres se rencontrent toutes les 2 semaines… Cela dépend des envies, des besoins et des possibilités physiques et techniques. Mais même hors contexte COVID, le télétravail est un non sujet 🙏.

Des projets utiles

Je pensais au départ travailler pour des projets au service des citoyens. Je me suis finalement rendue compte que le service public couvre plus que ça. Les services numériques encadrés par beta.gouv.fr peuvent s’adresser à des citoyens (particuliers ou professionnels) oui, mais aussi des agents publics, des communes ou des associations.

Globalement, les projets accompagnés par l’incubateur se rangent dans trois grandes catégories :

  • simplifier la vie des citoyens, des entreprises et des agents publics (par exemple, avec mon-entreprise.fr,  le guide officiel du créateur d’entreprise) ;
  • réparer les politiques publiques pour les rendre plus efficace (par exemple avec Administration+ qui facilité la collaboration de plusieurs administrations différentes pour résoudre le problème d’un usager) ;
  • innover pour construire des nouvelles politiques publiques (comme avec transport.data.gouv qui rassemble les données relatives au transport de France).

Les équipes travaillent à résoudre des problèmes concrets : ça veut dire que chaque journée de travail est utile. Et ça, c’est bon pour le moral !

Des équipes autonomes mais soutenues

Je l’ai dit, chez beta.gouv.fr, l’autonomie est de mise pour chaque équipe (il y en a une centaine au sein de l’incubateur). Les rituels propres aux équipes (rétro, démo…) cohabitent donc avec ceux communs à la communauté (séminaire, point hebdo…).

Et puis, un réel effort est fait pour que les différentes équipes (de deux pour les plus petites, une 20aine de personnes pour les plus grosses) ne soient pas isolées : la force de l’incubateur est de proposer des aides transverses et de créer du lien entre les projets. Il ne se passe pas une semaine sans un retour d’expérience sur un projet ou des formations. C’est une dynamique très enrichissante !

Où tout n’est pas rose

Maintenant que j’ai parlé des choses positives, je me dois d’être honnête et de contrebalancer un peu avec les points qui peuvent rebuter :

  • Je ne suis pas en CDI. Je suis indépendante, avec une mission à temps partiel, renouvelable tous les 6 mois. Personnellement, ça me convient très bien aujourd’hui ; mais je suis consciente que tout le monde n’a pas l’envie/le privilège d’être à son compte.
  • beta.gouv.fr, c’est un joyeux bordel autogéré et du coup… c’est le bordel. Chaque équipe est indépendante et chaque individu est libre de ses choix. Alors, c’est parfois difficile d’avancer sur des gros sujets qui devraient impacter tout le monde. Pour donner un exemple concret, parfois, j’aimerais bien un chapeau de tyran pour OBLIGER TOUT LE MONDE à se former à l’accessibilité. Au lieu de ça, j’use de pédagogie et de sensibilisation amener sur le sujet à base de volontariat… Après tout, « On n’inflige pas d’aide » fait partie de la philosophiede beta.gouv.fr 😅.
  • Pour chaque équipe, le rôle du « décideur » est tenu par son administration porteuse. Et l’administration, bon bah… voilà quoi… Elle n’est pas connue pour être très agile… Même si au jour le jour, les équipes travaillent en amélioration continue et en sprint, il y a parfois des frictions, au moment de montrer l’avancement ou d’échanger sur la suite de la vie de l’équipe.
  • En parlant de sujets qui fâchent : le gouvernement justement, que je ne porte pas dans mon cœur. Est-ce que, quand on est en quête de sens et d’éthique, quitter le « monde toxique des entreprises dont l’objectif final est d’enrichir leurs investisseurs » pour finir « au service de l’État » (un État raciste, autoritaire, corrompu…) est l’idée du siècle ? C’est une question qui me taraude aussi… Disons que chez beta.gouv.fr j’ai une opportunité (toute relative) de réparer des dysfonctionnements (à défaut de casser tout le système pourri pour en reconstruire un plus sain). 

Allez viens, on est bien 👋

Et puisque c’est une discussion que j’ai eu souvent en privé, voici quelques pistes pour rejoindre le service public (si les aspects négatifs ne t’ont pas refroidi 😅). Côté dev, UX ou expert en accessibilité, ce n’est pas le travail qui manque :

Rejoindre beta.gouv.fr

Chez beta.gouv.fr, ça bouge beaucoup. Il se passe rarement une semaine sans qu’une équipe recrute, généralement des indépendants.

Les offres de recrutement sont sur le site, et le compte Twitter ou LinkedIn de la communauté les relaie parfois.

Devenir Entrepreneuse d’Intérêt Général

Le programme d’Intérêt Général est une autre manière de rejoindre le service public. Pendant 10 mois, une équipe de 2 ou 3 personnes (souvent un duo dev-designer, accompagné parfois d’un.e datascientist) intègre une administration pour travailler sur un défi pré-défini (par exemple « optimiser l’utilisation des capacités opérationnelles des sapeurs-pompiers de la brigade de Paris»).

Côté statut, les EIG sont en CDD avec l’administration d’accueil, c’est donc un peu moins remote friendly que beta.gouv.fr (et dommage, car les ministères sont souvent basés à Paris…). Les EIG fonctionnent par promotions. Le programme de 2020 ayant commencé en septembre, rendez-vous en 2021 pour postuler pour un des défis de la prochaine promotion.

Suivre la tech de l’État

Enfin, il est possible de travailler pour le service public numérique en rejoignant directement la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique), son pole Design, un des programmes d’Etalab ou encore un poste lié au programme Tech.gouv.

Je connais moins bien ces environnements là (sont-ils agiles ?), mais je vois régulièrement des offres passer. Sur les 250 démarches les plus accomplies en France, un tiers ne sont pas encore réalisable en ligne et 90 % ne sont pas accessibles aux personnes en situation de handicap 🤐. En d’autres termes, il y a du travail…

Pour finir… ➡️

Je m’arrête là pour cet article qui ressemble presque à un billet sponsorisé, en rappelant que ce retour d’expérience n’engage évidemment que moi.

Si vous avez encore envie d’en lire un peu plus, je vous recommande aussi :

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